Série La rentrée des médias 3/3. Pour conserver leurs audiences et toucher les publics qui désertent progressivement les médias traditionnels, les groupes audiovisuels ne se contentent plus de renouveler leurs programmes. Ils investissent de nouveaux territoires, s’associent aux créateurs de contenus et rapprochent leurs catalogues des grandes plateformes de streaming.
Le mouvement est particulièrement visible dans la distribution. En juillet, les contenus de France Télévisions ont rejoint Prime Video, offrant au groupe public un nouveau canal d’accès à ses programmes. Netflix multiplie également les accords avec des groupes médias, notamment dans le lifestyle, pour distribuer leurs contenus vidéo. Depuis juin, la plateforme propose aussi le catalogue de TF1+ à ses abonnés.
Cette logique se retrouve désormais jusque dans la conception des programmes. TF1 lance ainsi Cray Mini-golf, une émission portée par les YouTubeurs McFly et Carlito. La télévision va chercher directement des personnalités issues d’internet et leur communauté. Le phénomène n’est pas nouveau. Le partenariat entre Webedia et BFM/RMC autour de productions associant notamment Antoine S2S et Inoxtag avait déjà montré cette volonté de faire circuler les audiences entre YouTube et les médias traditionnels. Le service public cherche lui aussi à investir ces nouveaux usages. En avril, France Télévisions et YouTube ont renforcé leur partenariat pour mieux exposer les contenus du groupe auprès des jeunes publics, avec une éditorialisation renforcée.
Les créateurs de contenus investissent parallèlement des formats autrefois réservés aux médias traditionnels. Natoo se tourne ainsi vers le documentaire avec Le Souffle de vie, tandis qu’Inoxtag a démontré avec Kaizen qu’un créateur issu de YouTube pouvait produire un documentaire capable de dépasser largement son audience habituelle, jusqu’à trouver sa place sur une grande plateforme comme Disney+.
Et la porosité ne concerne plus seulement le divertissement. Le sport est devenu un autre terrain de confrontation. Les plateformes s’emparent progressivement de droits autrefois concentrés entre les mains des chaînes de télévision. Disney+ a ainsi obtenu les droits de la Ligue des champions sur plusieurs marchés européens.
Pour les médias historiques, le défi change donc de nature. Il ne s’agit plus uniquement de produire les bons programmes, mais de savoir où les diffuser, avec quels partenaires et avec quels visages pour continuer à capter l’attention.
Télévision, YouTube, réseaux sociaux et plateformes ne fonctionnent plus comme des univers séparés. Ils se concurrencent, mais collaborent aussi de plus en plus.
La rentrée 2026 confirme ainsi un changement de paradigme : les médias ne se battent plus seulement pour une audience, mais pour une place dans le temps d’écran des Français.